Hommage à Jean-Pierre Deteix par Maguite Declerc

Hommage à Jean-Pierre Deteix dit au Cimetière par Maguite Declercq
Jacqueline m’a demandé de dire quelques mots pour représenter la famille de Jean-Pierre.
Sa famille proche en métropole, ce sont ses deux frères plus âgés que lui et affaiblis par la maladie. Malheureusement, ils n’ont pu venir.
Ici, Jean-Pierre a eu plusieurs familles. Je vais d’abord parler de celles qu’il a eues quand il était encore célibataire entre 1969 et 1973. C’est d’abord notre famille puisque mon mari Pierre Declercq l’a accueilli comme son adjoint à l’ouverture du « Cours Normal » ; Première école de formation des instituteurs des Enseignements Catholique et Protestants.
Jacqueline faisait partie de la première promotion.
A son arrivée, au tout début de l’année 1969, Jean-Pierre a été très malade il a fait une hépatite sévère et a été hospitalisé. Nous allions le voir à l’hôpital. Cette maladie coïncide avec le passage du cyclone Coleen sur Nouméa.
Cette année 69 et la décennie qui a suivi ont été pour Pierre et Jean-Pierre un extraordinaire bouillonnement de créativité, d’activités dans de nombreux domaines ; mise en place du Cours Normal où tout était à créer,création de l’ACLV (Association Calédonienne pour les Loisirs et les Vacances) qui deviendra un peu plus tard l’ACFD (Association Calédonienne pour la Formation et le Developpement) , le CRMEC (Comité de Réflexion Mélanésien de l’Enseignement Catholique ).
L’ACLV a formé des générations d’animateurs de centre de vacances ; Pierre et Jean-Pierre étaient les formateurs ainsi que Luc guichet . Par la suite certains animateurs formés passaient formateurs et agrandissaient la famille;les Naud, Félix Vakié, Virginie Menigre, Jacky Poanoui,…Alfred Oswald s’occupait de l’intendance. Ils étaient épaulés par des formateurs venus de métropole envoyés par l’UFCV (Union Française des Centres de Vacances) en particulier Michele Barrou. L’ACLV a organisé des stages avec le Pasteur Wanir Welepane pour les groupes de jeunes Protestants. Etevise Bally puis Lucette Néaoutyne étaient secrétaires de l’ACLV. C’est à l’occasion des stages de formation que les familles de formateurs , d’intendant se retrouvaient ; les enfants étaient de la partie et jouaient ensemble ; ils en ont gardé de bons souvenirs.
L’ACFD a formé des syndicalistes et des politiques.
La recherche pédagogique pour ces formations était intense.
Le CRMEC réunissait des personnels de l’enseignement kanak avec Pierre et Jean-Pierre ; Joseph et Suzanne Vakié,Bibiane Boinemoa , Félix et Sophie Vakié, et d’autres encore. C’était la recherche d’un enseignement basé sur les réalités du pays.
Pierre et Jean-Pierre sillonnaient le pays pour rencontrer les élèves stagiaires du Cours Normal et aussi les enseignants qui les recevaient.
Lors des réunions du SELEC , Jean-Pierre rencontraient beaucoup de personnels de l’enseignement ; Les Lepeu , Naoutchoué, Zongo, Coulson, Ghesquière,Jean Brun, Jacqueline,…je ne peux les nommer tous.
En plus de ses cours au Cours Normal et de ses cours de philosophie au Second Cycle -qui deviendra le Lycée Blaise Pascal- Jean-Pierre s’occupait des élèves de l’intérieur qui étudiaient à Nouméa ou Païta et qui logeaient au Foyer Jean XXIII à Païta. Ce foyer était dirigé par Monsieur Mahé qui a été un père pour lui, bien qu’ils aient des méthodes pédagogiques différentes, mais ils s’aimaient et se respectaient. Paul Néaoutyne était l’un de ces internes. Je me souviens d’un pique-nique au bord de mer à Païta de notre famille et de Jean-Pierre avec son groupe d’internes ; nous avons passé la journée ensemble.
Une autre famille pour Jean-Pierre a été l’Eglise Catholique ; il était séminariste et a donné des cours de philosophie (logique) au Grand Séminaire de Nouméa,dirigé par François Burck. Des liens d’amitié se sont créés entre eux. Le père Koster qui était un ami de Pierre est devenu un familier de JeanPierre.
Il entretenait de bonnes relations avec les Directeurs des écoles de Mission ; le Père Bauer et Soeur Marie-Ancilla.Une petite anecdote concernant le Père Bauer que Jean-Pierre aimait me rappeler ;recruté par le Père Bauer , celui-ci lui a dit au téléphone ; « Vous serez l’adjoint de Pierre Declercq ; le pôvre, il vient de se marier ! ».
En 1969,Jean-Pierre s’est trouvé une famille kanak, les Ounei par son ami Jimmy. Septembre 69, c’est l’arrestation de Nidoish Hnaisseline parce qu’il avait diffusé un tract en Nengone contre le 24 Septembre, et c’est la création des Foulards Rouges dont Jimmy fait partie. Avec la famille Ounei il a logé à Robinson.
En décembre 1970, Pierre est nommé Directeur du Lycée Blaise Pascal ; il doit quitter la direction du Cours Normal et propose Jean-Pierre pour lui succéder. Mais la Direction de l’Enseignement Catholique ne lui renouvelle pas son contrat. Concrètement, il est licencié à cause de ses amitiés avec les Foulards Rouges. Pour lui, c’est le début d’une galère car personne ne voulait l’employer. Heureusement Monsieur Besse, polytechnicien progressiste, alors directeur de l’Aviation Civile l’a embauché comme pompier à Tontouta, et ensuite les propriétaires de Graphoprint l’ont embauché, et il y a travaillé plusieurs années ; il affectionnait particulièrement ces deux familles qui lui avaient permis de survivre.
Les Tehio ont également été des proches dès cette époque.
En 1973, c’est le mariage avec Jacqueline et donc la fondation d’une nouvelle famille .Le mariage a lieu à Ouvéa dans la famille Ounei qui a pris Jean-Pierre comme leur fils. Toutes les familles de Jean-Pierre sont allées au mariage à Ouvéa.
C’est une autre époque qui commence avec la famille qu’ils ont créé et où naîtront 3 enfants. Ce sera l’occasion de renforcement des liens par les parrainages des enfants; Notre fille Stéphanie née en 70 a Jean-Pierre comme parrain. Pierre est parrain d’Helder, je suis marraine d’Anne-Marie et notre fille Stéphanie est marraine de Pierre -Jean. Tous ces baptèmes ont donné lieu à des fêtes avec la famille de Jacqueline.
A la fin des années 70, nous avons fait un réveillon de Nouvel an ensemble dans une grande fête avec toutes les familles.
Merci Jean-Pierre pour tous ces moments d’une vie joyeuse et féconde que nous avons partagé avec toi et toutes ces familles et amis dans les années 70. Merci pour ton humanité ; ma petite fille me disait cette semaine ; « Jean-Pierre est différent des autres personnes; il s’intéresse à nous ». Elle a vu juste, tu t’intéressais à chaque personne rencontrée .
Dans les années 80, nous avons continué à travailler ensemble dans le Comité Pierre Declercq, dans l’Union Calédonienne , dans le FLNKS, et d’autres familles se sont ajoutées ; les Burck, les Roussel, les Holoia , lesPidjot , les Togna et bien d’autres familles . Ces années sont marquées par plusieurs tragédies; Assassinat de Pierre Declercq en 81, morts de nombreux amis militants entre 84 et 89 parmi lesquels Eloi Machoro et les frères de Jacqueline.
Merci Jean-Pierre pour ta fidélité en amitié, car si par la suite tu as suivi d’autres chemins , nous n’avons jamais cessé de nous retrouver et d’échanger .Tu as toujours été présent aux moments importants pour soutenir tes amis.
Merci aussi de nous avoir montré le chemin du Vivre Ensemble réussi ; En épousant Jacqueline, tu as épousé sa culture ainsi que sa langue que tu as apprise et que tu parles. Faisant cela ,tu as fait un geste d’humilité, de respect, de reconnaissance de la langue et la culture de son clan.
Ta mort atroce nous a bouleversés et nous nous sommes tous retrouvés à te veiller, avec d’autres familles avec qui tu as travaillé par la suite. Comme l’a dit Helder, tu as semé des graines en chacun de nous. Ta mort, Jean-Pierre sera féconde si nous savons faire germer ces graines, c’est-à-dire retenir les leçons que ta vie nous donne et qui sont unanimement reconnues , à condition qu’elles ne restent pas à l’état de belles paroles, mais se traduisent par des actes comme toi tu l’as fait durant ta vie.